La dérive de la défiscalisation des dons

Le 19 puis le 20 janvier 2026, j’ai reçu un courriel avec cette injonction : « Ne manquez pas cette magnifique et unique occasion de vous faire bénir et d'acheter une ou plusieurs bougies. Elles seront allumées en votre nom et à la mémoire du grand Tsadik [sage] lors de sa Hiloula [pèlerinage festif] à Jérusalem dans la synagogue qui porte son nom ! »



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On me proposait d’acheter des bougies qui m’apporteraient la bénédiction du rabbin kabbaliste séfarade marocain Sidna Baba Salé, pourtant décédé en 1984. Le prix des « bougies d’honneur » qu’on me proposait d’acquérir (sans les recevoir, elle seraient allumées pour moi sur place à Jérusalem), allaient de 260 à 1260 EUR.


Sur la page détaillant les offres, on trouve tout de même un premier prix à 26 EUR. Là n’est pas le problème, les gens font ce qu’ils veulent de l’argent, il y en a qui consultent des astrologues, achètent des produits homéopathiques ou des légumes cultivés selon la « biodynamie » de l’anthroposophe Rudolf Steiner.



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La possession du livre du fameux (fumeux ?) rabbin dans son foyer suffit pour recevoir une bénédiction !



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Mais ça va plus loin : ô surprise, l’achat de ces bougies est considéré comme un don défiscalisable ! Cela laisse supposer que l’association qui organise cette campagne ésotérique – L’Association pour la Torah, l’enseignement et les Mitsvot – soit reconnue d'Intérêt Général. La personne qui verse 100 EUR voit son impôt sur le revenu baisser de 66 EUR, autant de manque à gagner pour l’État. De plus, on peut donner dans la limite de 20 % du revenu imposable, ce qui est énorme.



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En France, les dons aux associations reconnues d’utilité publique atteignent un niveau impressionnant : le montant annuel des dons défiscalisés s’élève à environ 6,5 milliards d’euros dont près de deux tiers viennent des ménages. Ces dons, déductibles des impôts sur le revenu, coûtent autour de 3 milliards à l’État ! Il y a cinq ans, le quotidien Libération avait consacré un article à ce problème dénonçant « la face noire d’un système vertueux » et dévoilant à cette occasion « une nébuleuse d’associations d’extrême droite, identitaires, catholiques intégristes, racialistes qui se retrouvent être subventionnées par l’Etat ».
Au début du génocide à Gaza,
le même journal avait signalé que « l’Association de soutien à Israël », dirigée par Gil Taïeb, par ailleurs vice-président du Crif, revendiquait avoir apporté de l’aide aux soldats israéliens, directement sur leurs bases. Sur la plateforme permettant de donner à l’association, il était précisé que les donateurs se verraient remettre un « reçu Cerfa instantané ».


Il est grand temps que le ménage soit fait pour préciser la notion « d’intérêt général » !